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SUCRERIE DU KIVU : au-delà des accusations, ce que révèle l'enquête sur un dossier complexe*

Les accusations de mauvaise gestion, de détournement et d'occupation irrégulière du poste de directeur général adjoint de la Sucrerie du Kivu (SUKI) ont suscité de vives réactions au sein de l'opinion publique.


Après la publication, le 20 mai 2026, d'un article de nos confrères faisant état de graves allégations portées par le président de la Société civile citoyenne d'Uvira, notre rédaction a mené ses propres investigations afin de confronter les accusations aux faits disponibles.


*Des accusations lourdes contre le DGA* :


Dans ses déclarations relayées par plusieurs médias, M. Basimise Marango, coordonnateur de la Société civile citoyenne d'Uvira, a accusé le directeur général adjoint de la SUKI, le Dr Emmanuel Ilumbi, d'être responsable de la dégradation de la situation de l'entreprise.

Parmi les griefs formulés figurent notamment le présumé détournement des recettes provenant de la vente de la bagasse et de la mélasse, deux sous-produits de la fabrication du sucre, ainsi que des loyers générés par certains immeubles appartenant à la société à Uvira et à Kinshasa.

L'activiste a également remis en cause la régularité de la nomination du DGA, soutenant que celui-ci aurait été désigné verbalement lors d'une visite à Kiliba de l'honorable Aimé Bodji Sangara, alors que, selon lui, les dirigeants d'une entreprise publique devraient être nommés par ordonnance présidentielle.


Ces accusations ont conduit la Société civile citoyenne à réclamer l'ouverture d'une enquête approfondie sur la gestion de la société.


*Ce que révèlent nos investigations sur le statut de la SUKI*


Les recherches effectuées auprès de différentes sources administratives et économiques permettent d'établir que la Sucrerie du Kivu ne relève pas du régime juridique des entreprises publiques classiques.

Selon les documents consultés et les informations recueillies auprès de plusieurs sources proches du dossier, la SUKI est une société mixte, ayant la forme juridique d'une société anonyme, dont l'actionnariat est partagé entre le groupe privé Super Group of Company, détenteur de la majorité des parts sociales, et l'État congolais, actionnaire minoritaire.

La répartition du capital serait de 51 % pour l'actionnaire privé contre 49 % pour l'État congolais.

Cette configuration juridique soumettrait l'entreprise aux dispositions du droit OHADA ainsi qu'aux règles de gouvernance prévues par ses statuts sociaux. Dans ce cadre, les mandataires sociaux seraient désignés par les organes compétents de la société, notamment le Conseil d'administration et l'Assemblée générale des actionnaires, et non par ordonnance présidentielle comme c'est le cas dans les établissements publics de l'État.

Aucune preuve documentaire n'a, à ce stade, été produite pour étayer la thèse d'une nomination verbale du DGA par l'excellence Aimé Boji alors Ministre de l'industrie. Par contre, le document que nous avons consulté renseigne que le DGA a été investi de cette qualité depuis juillet 2025.


*La question des recettes de la bagasse, de la mélasse et des maisons*


Concernant les accusations de détournement des revenus issus de la vente de la bagasse et de la mélasse, nos investigations révèlent un contexte particulier.


Depuis plusieurs mois, les activités industrielles de la SUKI sont fortement affectées par la dégradation de la situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo. Il s'avère que, c'est depuis fin novembre 2025, que la commande de gestion de cette entreprise est passée aux mains des congolais permanents après le départ des expatriés pour des raisons sécuritaires.

Plusieurs sources internes confirment que les activités de l'usine sont suspendues, sauf une équipe très réduite du personnel pour assurer le service minimum afin de protéger l'usine, faire fonctionner l'école et l'hôpital. Une grande partie du personnel demeure en congé technique.

Selon les informations recueillies, depuis fin 2025, les produits de melasse et la maison d'Uvira sont confrontés aux litiges pendants devant les instances judiciaires, opposant l'entreprise à certains prédateurs d'opportunités qui empêchent la jouissance effective. Et d'ajouter, a vente occasionnelle de ces sous-produits aurait été autorisée il n'y a deux mois afin de générer des ressources minimales destinées notamment à l'achat de carburant, à l'entretien des installations et à la prise en charge des dispositifs de sécurité chargés de protéger les actifs de l'entreprise.

Aucun élément matériel n'a pu être obtenu à ce jour démontrant l'existence d'un détournement systématique de ces recettes.

Les responsables de la société affirment par ailleurs que les opérations financières sont retracées dans les états financiers transmis aux administrations compétentes, notamment à la Direction générale des impôts (DGI).


*Une autre réalité financière peu évoquée*


L'enquête menée par notre rédaction met également en lumière une dimension rarement abordée dans le débat public : celle du financement des engagements des actionnaires.

Selon plusieurs sources concordantes, la relance de la SUKI repose sur un programme d'investissement évalué à environ 75 millions de dollars américains sur cinq ans, soit près de 15 millions de dollars par exercice.

Nos investigations indiquent que l'actionnaire majoritaire, *Super Group of Company*, aurait régulièrement libéré sa contribution annuelle estimée à près de 8 millions de dollars.

En revanche, plusieurs sources interrogées soutiennent que la quote-part attendue de l'actionnaire minoritaire, l'État congolais, n'aurait pas encore été entièrement mobilisée, ce qui constituerait un facteur important dans les difficultés de redressement de l'entreprise.

Entre accusations et nécessité d'un audit indépendant

Au terme de nos investigations, certaines affirmations relayées dans l'espace public apparaissent insuffisamment étayées par des preuves accessibles. Toutefois, les préoccupations soulevées autour de la gestion de la SUKI demeurent légitimes au regard des enjeux économiques et sociaux que représente cette entreprise pour le territoire d'Uvira et la plaine de la Ruzizi.

Dans un contexte marqué par la méfiance et les controverses, plusieurs observateurs estiment qu'un audit financier et opérationnel indépendant constituerait le moyen le plus approprié pour établir les responsabilités éventuelles, clarifier la situation financière réelle de la société et rassurer aussi bien les travailleurs que les actionnaires et l'opinion publique.

En attendant les conclusions d'éventuels contrôles officiels, les accusations de détournement portées contre le directeur général adjoint restent, à ce stade, des allégations que nos enquêtes n'ont pas attestées.


Pour cette enquête, les éléments et preuves ont été sécurisés auprès du réseau safeBox de Forbidden Stories."




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