10 OCTOBRE - JOURNÉE MONDIALE CONTRE LA PEINE DE MORT : Me Olivier FATAKI défend l'abolition et rappelle que la justice doit aussi protéger la vie.
Le monde célèbre ce 10 octobre 2026 la 24ème Journée Mondiale contre la peine de mort. Placée sous le thème "Témoigner pour la vie", thème qui accompagnera les célébrations 2026-2027, cette journée relance le débat sur l'abolition en RDC.
Avocat au Barreau du Sud-Kivu, activiste des droits de l'homme et chargé des droits de l'homme au sein de PAX CHRISTI UVIRA, Me Olivier fataki fait le point pour Référence Congo FM.
1. Une peine toujours en vigueur en RDC
"Chez nous, c'est vrai, la peine de mort est encore en vigueur, d'autant plus que le Code pénal congolais continue toujours à inscrire cette peine parmi la liste des peines à infliger au coupable", rappelle l'avocat.
Il retrace l'historique : depuis 2003, la RDC vivait sous un moratoire de fait. Les cours et tribunaux prononçaient la peine capitale, mais elle n'était jamais exécutée.
Ce moratoire a été levé partiellement en 2024. Sur décision du Conseil des Ministres, le Ministre de la Justice a publié une circulaire autorisant l'exécution de la peine pour certains crimes spécifiques.
"C'est une preuve tangible qu'effectivement, il y a encore la peine de mort qui demeure en vigueur chez nous", insiste Me Fataki.
Pourtant, précise-t-il : "Il y a toujours des condamnations à mort qui continuent à être prononcées, mais à la date d'aujourd'hui, aucune n'est exécutée. Pourquoi ? Parce qu'il y a toujours des lobbies, des plaidoyers pour la protection du droit à la vie, pour la protection de la dignité humaine". Des plaidoyers menés au niveau national et international.
2. Abolitionnisme n'est pas synonyme d'impunité
Interrogé sur la persistance du gouvernement à condamner malgré le combat abolitionniste, Me Fataki
clarifie :
"Il est vrai que la lutte pour l'abolition de la peine de mort, ce n'est pas une manière pour les abolitionnistes que nous sommes de minimiser la gravité de la situation, la gravité des crimes qui sont en train d'être commis surtout dans la partie Est, non plus ce n'est pas une manière de ne pas prendre en compte la souffrance des victimes. Tout ça nous prenons en compte."
Et d'ajouter : "Cette lutte vise à aboutir à une justice qui ne se limite pas seulement à condamner les personnes mais également à protéger la vie humaine. Même s'il y a des coupables qui peuvent être condamnés, que cette condamnation quand même soit humaine, qu'elle respecte la dignité humaine".
Pour l'avocat, l'abolition n'est pas un plaidoyer pour l'impunité ou pour une peine moins grave. "Ce ne sera pas une victoire du camp abolitionniste, mais plutôt une victoire pour la dignité humaine et pour les droits de l'homme en général".
3. Son message fort pour Uvira et la RDC.
A l'occasion de cette journée, Me Fataki lance un message à la population d'Uvira et de toute la RDC :
"Le thème 'Témoigner pour la vie', c'est témoigner pour la dignité humaine, témoigner pour le respect des droits de l'homme. Personne n'est épargnée de la dignité humaine, puisque les droits de l'homme sont inhérents à la nature humaine elle-même."
Selon lui, la peine de mort ne concerne pas que les criminels :
"C'est une question qui concerne tout le monde puisque à n'importe quel moment tout le monde peut se retrouver dans une seule situation et si cette peine continue à être maintenue, tout le monde pourrait écoper de cette peine".
Il met en garde contre la faillibilité de la justice humaine :
"La justice humaine est toujours faillible, elle peut accuser certaines faiblesses, certaines limites, ce qui pourrait donner la possibilité à des erreurs judiciaires qui pourraient mener jusqu'à la condamnation des innocents".
Sa proposition : "Si vraiment il faut punir la personne coupable, le mieux ne serait pas de procéder à l'élimination physique de cette personne mais plutôt proposer une peine qui pourrait donner à cette personne la possibilité de s'amender, la possibilité de regretter l'acte qu'elle a pu commettre par une autre sanction qui pourrait peut-être être la perpétuité>>.
Me FATAKI espère que ces plaidoyers continueront "pour que le pays puisse en arriver un jour à l'abolition totale de cette peine en RDC".
Propos recueillis par Référence Congo FM
